05 mars 2007

Les mers de Chine

Ces filles que l'on voit pour la première fois
Ce n'est rien - on les croise-
Elles ont des yeux si durs
Et des corps si durs et tannés par le soleil
On a envie de les faire pleurer.

Elles sont fermées sur elles-mêmes.
Sur rien.
Elles sont si bien fermées qu'on s'imagine
On voudrait qu'elles pleurent longtemps
On espère toujours qu'il viendrait le sang
Au bout des larmes.
Elles rient, et rejettent leurs cheveux durs
Raides - ou frisés et dressés en coques dures-
Mais on attendrait bien longtemps
Il n'y a que les larmes
Incolores - tièdes - inutiles -
Elles sont comme ces boutons sur la peau
Roses, gonflés, riches de quelque chose
On les presse - et ce n'est qu'humeur
Fade - blanche - inutile.

Il faudrait les déchirer.
Les fouiller profondément avec des lames de rasoir
Découper leur bouche en lanières.
Il y aurait une langue de lèvre sur chaque dent
Il faudrait les perfectionner
Leur fendre un second sexe en travers,
Si bien que l'homme sur la femme
Cela ferait une croix
Et on pourrait marcher dessus sans crainte
Il faudrait les creuser, les vider
De cette méchanceté de vie qu'elles portent,
Se rendre compte qu'il n'y a rien.
Pourtant, On voudrait qu'elles pleurent.
On espère toujours voir pleurer le néant.
[...]

Boris Vian

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Posté par lindarequiem à 15:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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