Cry it out, I wanna be free

01 avril 2009

L'étoile

Rêver un impossible rêve. Porter le chagrin des départs. Brûler d'une possible fièvre. Partir où personne ne part. Aimer jusqu'à la déchirure, aimer, même trop, même mal. Tenter, sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile. Telle est ma quête, suivre l'étoile, peu m'importent mes chances, peu m'importe le temps, ou ma désespérance. Et puis lutter toujours, sans questions ni repos, se damner pour l'or d'un mot d'amour. Je ne sais si je serai ce héros, mais mon coeur serait tranquille, et les villes s'éclabousseraient de bleu, parce qu'un malheureux brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé, brûle encore, même trop, même mal, pour atteindre à s'en écarteler, pour atteindre l'inaccessible étoile.

Jacques Brel

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05 mars 2007

Le coeur écartelé

Il se ménage tellement
Il a si peur des couvertures
Les couvertures bleues du ciel
Et les oreillers de nuages
Il est mal couvert par sa foi
Il craint tant les pas de travers
Et les rues taillées dans la glace
Il est trop petit pour l'hiver
Il a tellement peur du froid
Il est transparent dans sa glace
Il est si vague qu'il se perd
Le temps le roule sous ses vagues

Parfois son sang coule à l'envers
Et ses larmes tachent le linge
Sa main cueille des arbres verts
Et les bouquets d'algues des plages
Sa foi est un buisson d'épines
Ses mains saignent contre son coeur
Ses yeux ont perdu la lumière

Et ses pieds traînent sur la mer
Comme les bras morts des pieuvres

Il est perdu dans l'univers
Il se heurte contre les villes
Contre lui-même et ses travers
Priez donc pour que le Seigneur
Efface jusqu'au souvenir
De lui-même dans sa mémoire


Pierre Reverdy

solitude

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La vie en rouge

Les mères vous font en saignant
Et vous tiennent toute la vie
Par un ruban de chair à vif
On est élevé dans des cages
On vit en mâchant des morceaux
De seins arrachés en saignant
Qu'on accroche au bord des berceaux
On a du sang sur tout le corps
Et comme on n'aime pas le voir
On fait couler celui des autres
Un jour il n'y en aura plus
On sera libres.

Boris Vian

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Le Totem

Il me faut le cacher au plus intime de mes veines
L'Ancêtre à la peau d'orage sillonnée d'éclairs et de foudre
Mon animal gardien, il me faut le cacher
Que je ne rompe le barrage des scandales.
Il est de mon sang fidèle qui requiert fidélité
Protégeant mon orgueil nu contre
Moi-même et la superbe des races heureuses...
 

Senghor

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Opium

antonin_artaud2

"Le temps peut passer et les convulsions sociales du monde ravager les pensées des hommes, Je suis sauf de toute pensée qui trempe dans les phénomènes. Qu'on me laisse à mes nuages éteints, à mon immortelle impuissance, à mes déraisonnables espoirs. [...]"

Antonin Artaud

Extrait de Fragments d'un Journal d'Enfer

Je me délivre de ce conditionnement de mes organes si mal ajustés avec mon moi, et la vie n'est plus pour moi un hasard absurde où je pense ce que l'on me donne à penser. Je choisis alors ma pensée et la direction de mes forces, de mes tendances, de ma réalité. Je me place entre le beau et le laid, le bon et le méchant. Je me fais suspendu, sans inclination, neutre, en proie à l'équilibre des bonnes et des mauvaises sollicitations.

Car la vie elle-même n'est pas une solution, la vie n'a aucune espèce d'existence choisie, consentie, déterminée. Elle n'est qu'une série d'appétits et de forces adverses, de petites contradictions qui aboutissent ou avortent suivant les circonstances d'un hasard odieux. Le mal est déposé inégalement dans chaque homme, comme le génie, comme la folie. Le bien, comme le mal, sont le produit des circonstances et d'un levain plus ou moins agissant.

Il est certainement abject d'être créé et de vivre et de se sentir jusque dans les moindres réduits, jusque dans les ramifications les plus impensées de son être, irréductiblement déterminé. Nous ne sommes que des arbres après tout, et il est probablement inscrit dans un coude quelconque de l'arbre de ma race que je me tuerai un jour donné.

Même pour en arriver à l'état de suicide, il me faut attendre le retour de mon moi, il me faut le libre jeu de toutes les articulations de mon être. Dieu m'a placé dans le désespoir comme dans une constellation d'impasses dont le rayonnement aboutit à moi. Je ne puis ni mourir, ni vivre, ni ne pas désirer de mourir ou de vivre. Et tous les hommes sont comme moi.

Antonin Artaud,

Extrait de Sur le suicide

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"Si je me tue, ce ne sera pas pour me détruire, mais pour me reconstituer. Le suicide ne sera pour moi qu'un moyen de me reconquérir violemment, de faire brutalement irruption dans mon être, [...]. Par le suicide je réintroduis mon dessin dans la nature, je donne pour la première fois aux choses la forme de ma liberté.

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Crave - 1

C  Personne ne peut me haïr plus que je ne me hais.

A  Je ne suis pas ce que je suis, je suis ce que je fais.

M  C'est terrible.

C  C'est vrai.

A  Ce que j'ai juré ne jamais faire, ce que j'ai juré ne -

M  Toute cette souffrance

C  A tout jamais

B  Jusqu'à présent

A  Sur la vie de mes enfants, l'amour de mes enfants.

M  Pourquoi tu bois autant?

B  Les cigarettes ne me tuent pas assez vite.

C  Mon rire est une bulle de désespoir.

Sarah Kane
Extrait de Manque

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Crave - 2

C  Toute ma vie se passe à attendre la personne qui actuellement m'obsède
    et les semaines se consument jusqu'aux quinze minutes de notre
    prochain rendez-vous.

A  MNO

C  J'écris la vérité et elle me tue.

B  De la route.

M  Pas d'abri.

C  Je hais ces mots qui me gardent en vie
    Je hais ces mots qui m'empêchent de mourir

B  Et expriment ma peine sans l'adoucir.

[...]

C  C'est inacceptable pour moi d'être moi.

A  Tu perds la raison là sous mes yeux.

M  Elle a dérivé en silence jusqu'à l'incontrôlable.

B  Laisse-moi.

M  Va.

Sarah Kane,
Extrait de Manque

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Crave - 3

A  Qu'est ce que tu as?

B  Rien, rien, je n'ai rien fait.

M  Tout ça n'a aucune importance puisque je ne suis tout simplement
    pas amoureuse de toi.

A  Et je tremble, sanglote au souvenir du temps où elle m'aimait, avant que
    je ne devienne son tortionnaire, avant qu'en moi il n'y ait plus de place
    pour elle, avant que nous ne nous comprenions plus, il s'agit à vrai dire
    de l'instant même où pour la première fois je l'ai vue, les yeux souriants
    remplis de soleil, et je frissonne de regret d'avoir perdu cet instant-là,
    depuis à tout jamais je tombe en chute libre.

B  On reprend, on reprend.

M  Avance.

Sarah Kane,
Extrait de Manque

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Crave - 4

C  Elle est actuellement pour ainsi dire en dépression, elle aurait
    voulu naître noire, de sexe masculin, et plus sexy.

B  Je fais don de moi-même.

C  Ou seulement plus sexy.

B  Don de mon coeur.

C  Ou seulement pas la même.

M  Mais ce n'est pas réellement un don.

C  Quelqu'un d'autre quoi merde.

A  Fragile et oppressé.

C  Elle met un terme à cette comédie grotesque de toujours
    tenir bon jusqu'à la semaine prochaine pour tenter d'esquiver
    le fait qu'elle ne sait absolument pas comment elle va tenir
    les quarante prochaines années.

A  Je t'aime encore,

B  Malgré mes efforts.

C  Elle parle d'elle à la troisième personne parce que l'idée
    d'être celle qu'elle est, de s'admettre telle quelle,
    c'est plus que son orgueil ne peut en supporter.

B  Avec une putain de vengeance.

C  Elle en a marre d'elle putain mais à gerber, et elle espère
    elle espère elle espère qu'il va se passer quelque chose
    et que sa vie va enfin commencer.

Sarah Kane,
Extrait de Manque

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Crave - 5

C'est très joli. Tu m'en feras un?

M  On le fait avec des coquilles d'oeuf et du ciment.

B  Tu m'en feras un?

M  Ciment, peinture et coquille d'oeuf.

B  Je ne t'ai pas demandé en quoi c'est fait, j'ai demandé si tu m'en ferais un.

M  A chaque fois que j'ai un oeuf je fixe la coquille comme ça et je bombe.

C  Elle voit à travers les murs.

B  Tu. M'en. Feras. Un.

C  Des vies différentes.

Sarah Kane
Extrait de Manque

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