Cry it out, I wanna be free

You can shoot me when you like, I'm yours...

01 avril 2009

L'étoile

Rêver un impossible rêve. Porter le chagrin des départs. Brûler d'une possible fièvre. Partir où personne ne part. Aimer jusqu'à la déchirure, aimer, même trop, même mal. Tenter, sans force et sans armure, d'atteindre l'inaccessible étoile. Telle est ma quête, suivre l'étoile, peu m'importent mes chances, peu m'importe le temps, ou ma désespérance. Et puis lutter toujours, sans questions ni repos, se damner pour l'or d'un mot d'amour. Je ne sais si je serai ce héros, mais mon coeur serait tranquille, et les villes s'éclabousseraient de bleu, parce qu'un malheureux brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé, brûle encore, même trop, même mal, pour atteindre à s'en écarteler, pour atteindre l'inaccessible étoile.

Jacques Brel

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05 mars 2007

Opium

antonin_artaud2

"Le temps peut passer et les convulsions sociales du monde ravager les pensées des hommes, Je suis sauf de toute pensée qui trempe dans les phénomènes. Qu'on me laisse à mes nuages éteints, à mon immortelle impuissance, à mes déraisonnables espoirs. [...]"

Antonin Artaud

Extrait de Fragments d'un Journal d'Enfer

Je me délivre de ce conditionnement de mes organes si mal ajustés avec mon moi, et la vie n'est plus pour moi un hasard absurde où je pense ce que l'on me donne à penser. Je choisis alors ma pensée et la direction de mes forces, de mes tendances, de ma réalité. Je me place entre le beau et le laid, le bon et le méchant. Je me fais suspendu, sans inclination, neutre, en proie à l'équilibre des bonnes et des mauvaises sollicitations.

Car la vie elle-même n'est pas une solution, la vie n'a aucune espèce d'existence choisie, consentie, déterminée. Elle n'est qu'une série d'appétits et de forces adverses, de petites contradictions qui aboutissent ou avortent suivant les circonstances d'un hasard odieux. Le mal est déposé inégalement dans chaque homme, comme le génie, comme la folie. Le bien, comme le mal, sont le produit des circonstances et d'un levain plus ou moins agissant.

Il est certainement abject d'être créé et de vivre et de se sentir jusque dans les moindres réduits, jusque dans les ramifications les plus impensées de son être, irréductiblement déterminé. Nous ne sommes que des arbres après tout, et il est probablement inscrit dans un coude quelconque de l'arbre de ma race que je me tuerai un jour donné.

Même pour en arriver à l'état de suicide, il me faut attendre le retour de mon moi, il me faut le libre jeu de toutes les articulations de mon être. Dieu m'a placé dans le désespoir comme dans une constellation d'impasses dont le rayonnement aboutit à moi. Je ne puis ni mourir, ni vivre, ni ne pas désirer de mourir ou de vivre. Et tous les hommes sont comme moi.

Antonin Artaud,

Extrait de Sur le suicide

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"Si je me tue, ce ne sera pas pour me détruire, mais pour me reconstituer. Le suicide ne sera pour moi qu'un moyen de me reconquérir violemment, de faire brutalement irruption dans mon être, [...]. Par le suicide je réintroduis mon dessin dans la nature, je donne pour la première fois aux choses la forme de ma liberté.

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Le lyrisme absolu

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Je voudrais exploser, couler, me décomposer, que ma destruction soit mon oeuvre, ma création, mon inspiration; m'accomplir dans l'anéantissement, m'élever, dans un élan démentiel, au-delà des confins, et que ma mort soit mon triomphe. Je voudrais me fondre dans le monde et que le monde se fonde en moi, que nous accouchions, dans notre délire, d'un rêve apocalyptique, étrange comme une vision de la fin et magnifique tel un grand crépuscule. Que naissent, du tissu de notre rêve, des splendeurs énigmatiques et des ombres conquérantes, qu'un incendie total engloutisse le monde et que ses flammes provoquent des voluptés crépusculaires, aussi compliquées que la mort et fascinantes comme le néant. Il faut des tensions démentielles pour que le lyrisme atteigne son expression suprême. Le lyrisme absolu est celui des derniers instants.

Cioran

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Raclure

Besoin, manque, non pas vraiment désir. Je l'aime. Pourquoi? Pour un jour quelque chose? Pour tous les jours quelque chose. Tout contre elle, chaleur, foetus, baisers dans le cou. Chaud, si chaud, je l'aime tant. Tant de temps. Tant de vies en moi depuis et avant. Elle m'accepte, elle. Pour elle je ne suis pas folle. Repoussante, écoeurante, dégoutante, dégoulinante d'amour détesté. Ne plus me perdre jamais. Haine de soi, dégoût de soi. Dans les yeux de l'autre j'ai trop bien vu. Se trahir soi-même, mourir à ses idéaux. Blessure profonde. Avoir droit de revenir fière et forte.

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04 mars 2007

Essai

 

" [...] Puisque des hommes crèvent sous les ponts et ce monde s'en fout, puisqu'on est que des pions, contents d'être à genoux, puisque je sais qu'un jour nous gagnerons à devenir fous... "

A quand le jour de la lumineuse évidence, quand la conscience humaine, telle l'oiseau fuyant d'une aile abîmée la promesse des gorgées de plomb,  s'élèvera, presque palpable dans l'air échauffé, au dessus des étendues abandonnées et derrière les portes closes?
"Le sens que l'esprit a rêvé de donner au monde" semble se dissiper un peu plus chaque jour, comme un rêve encombrant que l'on chasse au réveil, d'une solide gifle mentale, parce que trop extérieur à notre réalité ordinaire. Cela nous disperserait, croit-on.
L'humanité abrutie, aujourd'hui humiliée par elle-même et à ses propres yeux, se perd dans l'artifice de ses codes. Les civilisations, nourries par la perversité de leurs systèmes, dégénèrent en éructant des flots insanes et nauséabonds d'aberration assumée.
Sommes-nous capables de ressusciter la pensée vraie, la raison d'être originelle de l'Homme? Sommes-nous capables d'animer au coeur même de nos sociétés les notions de paix, de respect, de partage ? Vivre dans la lumière, non plus survivre grâce à quelques flammes solitaires consumant leur maigre substance dans le noir.
Le temps anihilera bien vite le sens de l'échec cuisant d'une espèce comme la notre. La marche de l'Esprit est longue, la vérité s'offre à qui sait l'attendre.

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Cf. "Le dilemne" dans la rubrique Poésie

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03 mars 2007

Immortelle émotion

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A Agnès(s)

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"Je regardais la dame; seule dans la piscine, immergée jusqu'à la taille, elle fixait le jeune maître nageur [...]. Ecoutant ses ordres, elle prit appui sur le rebord de la piscine pour inspirer et expirer à fond. Elle le fit avec sérieux, avec zèle [...]. Je la regardais, fasciné. Son comique poignant me captivait, mais quelqu'un m'adressa la parole et détourna mon attention. Peu après, Quand je voulu me remettre à l'observer, la leçon était finie. Elle s'en allait en maillot le long de la piscine et quand elle eut dépassé le maître nageur de quatre ou cinq mètres, elle tourna la tête vers lui, sourit, et fit un signe de la main. Mon coeur se serra. Ce sourire, ce geste étaient d'une femme de vingt ans! Sa main s'était envolée avec une ravissante légereté. Comme si, par jeu, elle avait lancé à son amant un ballon multicolore. Ce sourire et ce geste étaient pleins de charme, tandis que le visage et le corps n'en avaient plus. [...] En tout cas, au moment où elle se retourna, de son âge elle ne savait rien. Grâce à ce geste, en l'espace d'une seconde, une essence de son charme, qui ne dépendait pas du temps, se dévoila et m'éblouit. J'étais étrangement ému. Et le mot Agnès surgit dans mon esprit. Agnès. Jamais je n'ai connu de femme portant ce nom."


Milan Kundera
Extrait de L'immortalité

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