Cry it out, I wanna be free

You can shoot me when you like, I'm yours...

05 mars 2007

Le coeur écartelé

Il se ménage tellement
Il a si peur des couvertures
Les couvertures bleues du ciel
Et les oreillers de nuages
Il est mal couvert par sa foi
Il craint tant les pas de travers
Et les rues taillées dans la glace
Il est trop petit pour l'hiver
Il a tellement peur du froid
Il est transparent dans sa glace
Il est si vague qu'il se perd
Le temps le roule sous ses vagues

Parfois son sang coule à l'envers
Et ses larmes tachent le linge
Sa main cueille des arbres verts
Et les bouquets d'algues des plages
Sa foi est un buisson d'épines
Ses mains saignent contre son coeur
Ses yeux ont perdu la lumière

Et ses pieds traînent sur la mer
Comme les bras morts des pieuvres

Il est perdu dans l'univers
Il se heurte contre les villes
Contre lui-même et ses travers
Priez donc pour que le Seigneur
Efface jusqu'au souvenir
De lui-même dans sa mémoire


Pierre Reverdy

solitude

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La vie en rouge

Les mères vous font en saignant
Et vous tiennent toute la vie
Par un ruban de chair à vif
On est élevé dans des cages
On vit en mâchant des morceaux
De seins arrachés en saignant
Qu'on accroche au bord des berceaux
On a du sang sur tout le corps
Et comme on n'aime pas le voir
On fait couler celui des autres
Un jour il n'y en aura plus
On sera libres.

Boris Vian

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Le Totem

Il me faut le cacher au plus intime de mes veines
L'Ancêtre à la peau d'orage sillonnée d'éclairs et de foudre
Mon animal gardien, il me faut le cacher
Que je ne rompe le barrage des scandales.
Il est de mon sang fidèle qui requiert fidélité
Protégeant mon orgueil nu contre
Moi-même et la superbe des races heureuses...
 

Senghor

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Les mers de Chine

Ces filles que l'on voit pour la première fois
Ce n'est rien - on les croise-
Elles ont des yeux si durs
Et des corps si durs et tannés par le soleil
On a envie de les faire pleurer.

Elles sont fermées sur elles-mêmes.
Sur rien.
Elles sont si bien fermées qu'on s'imagine
On voudrait qu'elles pleurent longtemps
On espère toujours qu'il viendrait le sang
Au bout des larmes.
Elles rient, et rejettent leurs cheveux durs
Raides - ou frisés et dressés en coques dures-
Mais on attendrait bien longtemps
Il n'y a que les larmes
Incolores - tièdes - inutiles -
Elles sont comme ces boutons sur la peau
Roses, gonflés, riches de quelque chose
On les presse - et ce n'est qu'humeur
Fade - blanche - inutile.

Il faudrait les déchirer.
Les fouiller profondément avec des lames de rasoir
Découper leur bouche en lanières.
Il y aurait une langue de lèvre sur chaque dent
Il faudrait les perfectionner
Leur fendre un second sexe en travers,
Si bien que l'homme sur la femme
Cela ferait une croix
Et on pourrait marcher dessus sans crainte
Il faudrait les creuser, les vider
De cette méchanceté de vie qu'elles portent,
Se rendre compte qu'il n'y a rien.
Pourtant, On voudrait qu'elles pleurent.
On espère toujours voir pleurer le néant.
[...]

Boris Vian

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Les jeux de Vénus

"J'ai volé vers toi comme un enfant vers sa mère, toi, l'objet de mon souci"

"Moi, à ta vue, je reste sans voix, ma langue se brise, la fièvre me brûle, mes yeux se brouillent, mes oreilles bourdonnent, je sue, je frissonne, je crois mourir. Mais il faut oser..."

"Il me paraît égal aux dieux, l'homme qui, assis en face de toi, écoute ta douce voix et ton rire charmeur qui affole mon coeur"

"Sache le bien, tes charmes m'ôtent tout souci et je reste éveillée toute la nuit"



"Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi, et grande est ma détresse.

Et pourtant, en cette heure, un homme embrasse tes genoux,
il se grise de tes paroles et de ton sourire,
il respire ton être et le bonheur de cet homme
l'élève au rang des Dieux.


Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi, et grande est ma détresse.

Ton charme est la plus douce des choses de ce monde. Entendre ta voix
et regarder tes lèvres s'épanouir de joie est pour moi le ravissement suprême,
si grand que mon âme en est toute bouleversée.


Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi, et grande est ma détresse.


Mais devant toi, un trouble immense m'envahit ;
une folle angoisse serre mes dents,
ma langue devient inhabile, un feu pénétrant dévore ma chair
et mes yeux se voilent,
un chant confus bourdonne à mes oreilles,
mon corps tremblant s
e givre à sa surface,
une pâleur semblable à celle des prairies matinales envahit mon front,
mon souffle est plus lent et je sens que je vais mourir.


Ma bien-aimée, je suis seule et loin de toi, et grande est ma détresse.

Je souffre loin de toi et j'ai peur d'être près de toi mais je crie vers toi
car j'ai besoin de toi."

Sappho

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Posté par lindarequiem à 15:28 - Poésie - Commentaires [0] - Permalien [#]

Mother

Je comprends maintenant que ce fut Céres
Qui me parut de nuit chercher refuge
Quand on frappait à la porte, et dehors
C'était d'un coup sa
beauté sa lumière
Et son désir aussi, son besoin de boire
Avidement au bol de l'espérance

Parce qu'était perdu, mais retouvable
Peut-être, cet
enfant qu'elle n'avait su,
Elle pourtant divine et riche de soi,
Elever dans la flamme des jeunes blés
Pour qu'il ait rire, dans l'
évidence qui fait vivre
Avant la convoitise du Dieu des morts.


Yves Bonnefoy


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04 mars 2007

L'Horloge

Horloge! dieu sinistre effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi !"
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d'effroi
Selanteront bientôt comme dans une cible;

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison

Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens- toi!
Prodigue! Esto memor!
( Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même ( oh! la dernière auberge! ),
Où tout te dira : Meurs vieux lâche! il est trop tard! 

Charles Baudelaire

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La voix lointaine


Et la vie a passé mais te garda
Vive mon illusion, de ses mains savantes
Qui trient parmi les souvenirs, qui en recousent
Presque invisiblement les déchirures

Sauf: Que faire de ce lambeau d'étoffe rouge?
On le trouve dans sa mémoire quand on déplace
Les années, les images et brusques les larmes
Montent et l'on se tait dans ses mots d'autrefois


Parler, presque chanter, avoir rêvé
De plus même que la musique puis se taire

Comme l'enfant qu'envahit le chagrin
Et qui se mord la lèvre, et se détourne.

Yves Bonnefoy

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Le dilemne

Et je pourrais
Tout à l'heure, au sursaut du réveil brusque,
Dire ou tenter de dire le tumulte
Des griffes et des rires qui se heurtent
Avec l'avidité sans joie des vies primaires
Au rebord disloqué de la parole.

Je pourrais m'écrier que partout sur terre,
Injustice et malheur ravagent le sens
Que l'esprit a rêvé de donner au monde,
En somme, me souvenir de ce qui est,
N'être que la lucidité qui désespère

[...]

Mais il me semble aussi que n'est réelle
Que la voix qui espère, serait-elle
Inconsciente des lois qui la dénient.
Réel, seul, le frémissement de la main qui touche
La promesse d'une autre,
réelles, seules,
Ces barrières qu'on pousse dans la pénombre,
Le soir venant, d'un chemin de retour.
[...]


Bonnefoy

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Posté par lindarequiem à 18:49 - Poésie - Commentaires [0] - Permalien [#]
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