03 mars 2007

Phèdre

mabelle


Ah! cruel, tu m'a trop entendue
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Hé bien! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime;
Innocente à mes yeux, Je m'approuve moi-même;
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.

Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

[...] J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine;
Pour mieux te résister j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.

Que dis-je? Cet aveu que je te viens de faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?
[...] Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime!
Hélas! je ne t'ai pu parler que de toi-même.
Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
la veuve de Thésée ose aimer Hippolyte!
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon coeur. c'est là que ta main doit frapper.

Impatient déja d'expier son offense,
Au devant de ton bras je le sens qui s'avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m'envie un supplice si doux,
Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras, prête-moi ton épée.

Donne.


Racine
Extrait de Phèdre, Acte II, scène 5

+

Posté par lindarequiem à 20:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Phèdre

Nouveau commentaire